
Monsieur le Président,
Je tiens à vous faire part de ma grande inquiétude concernant les évolutions au Proche-Orient. Dans un contexte d'impasse politique et de tensions, une suite de provocations israéliennes crée
aujourd’hui une situation très dangereuse.
Les autorités israéliennes ont annoncé la construction de 1600 nouvelles unités de logements dans un quartier de colonisation à Jérusalem-Est. Elles affirment leur volonté de continuer ce
processus illégal de colonisation, à Jérusalem-Est comme en Cisjordanie, malgré le tollé international ainsi provoqué.
Les villages palestiniens de Bi’lin et Ni’lin ont été décrétés «zone militaire interdite» pour six mois alors que des Israéliens et des Palestiniens y manifestent régulièrement et pacifiquement
ensemble contre le mur d’annexion.
Le gouvernement israélien multiplie les actions unilatérales afin de modifier le statu quo des lieux saints à Jérusalem et dans d’autres lieux des territoires occupés.
Ces provocations ont suscité des heurts à Jérusalem. La tension reste très vive.
Devant une telle précipitation des événements, on attendait des réactions à la hauteur de la part de la France et de ses partenaires européens. Je constate à l’inverse une carence grave
d'initiatives. Ni notre pays, ni l'Union européenne, pourtant, ne peuvent, sans risque énorme pour l'avenir, laisser bafouer le droit international et contribuer ainsi à une détérioration plus
que préoccupante de la situation.
La France et les vingt sept ne peuvent se contenter de répéter que le dialogue doit reprendre et que les mesures portant atteinte à la confiance doivent être évitées. Il est nécessaire d’aller au
delà des conclusions du Conseil des Affaires étrangères du 8 décembre 2009. Il faut maintenant une détermination et des actes politiques, puisqu'à l'évidence Israël ne veut entendre aucun appel,
persiste à bloquer toute négociation véritable et se permet, avec arrogance, de défier rien moins que le Conseil de Sécurité en faisant comme si les résolutions de celui-ci n’existaient pas.
Comment s’en étonner quand on voit l'inutilité atterrante de la tournée au Proche- Orient de Mme Ashton, Haute représentante de l' UE et le choix consternant de l’inaction fait par le Quartet
réuni à Moscou le 19 mars.
J'observe enfin, avec stupéfaction, Monsieur le Président, que les autorités françaises n'ont toujours pas renoncé au rehaussement des relations bilatérales Union européenne/Israël, ce que
confirme notamment la réponse, en date du 16 mars, du Secrétaire d'État, M. Pierre Lellouche, à une question écrite.
Rehausser le statut d'Israël dans le cadre de l'accord d' Association, alors que ce pays est accusé dans un rapport récemment adopté par l'Assemblée générale de l'ONU, de crimes de guerre voire
de crime contre l'humanité serait un acte choquant. Ni la France, ni les Européens ne devraient assumer un tel choix qui revient à récompenser celui qui bafoue le droit et des références éthiques
essentielles au détriment des victimes. Enfin, je suis informée que la France et Israël auraient décidé de renforcer leur coopération militaire. Si cette information était vérifiée, je
comprendrais qu'elle suscite une indignation certaine.
Je suis persuadée, Monsieur le Président, que l'Europe et la France –qui doivent avoir leur propre politique- ne manquent pas de moyens pour agir positivement en marquant une vraie volonté
d'initiatives positives afin de conserver toutes leurs chances à une paix juste et durable et à la création d’un État palestinien indépendant à côté de l'État d’Israël.
L' Union européenne devrait commencer par suspendre l'application de l'accord d'association avec Israël tant que ce pays bafoue le droit international et les droits humains. Le Parlement européen
a d’ailleurs adopté en avril 2002 une résolution demandant cette suspension. Le temps de l'action et des sanctions est venu afin d’en finir avec l’impunité israélienne et pour appuyer avec la
plus grande fermeté les initiatives nécessaires dans la voie d’un règlement négocié. La tenue d’une conférence internationale devrait s’imposer afin d’engager un nouveau processus politique pour
une solution conforme au droit et aux résolutions des Nations-Unies.
Je vous remercie de l'attention que vous pourrez porter à cette lettre et je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes respectueuses salutations.