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Blog de la section PCF de Choisy-le-Roi

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Quelles ambitions pour les régionales ?

Extrait du rapport de Pierre Laurent au Conseil National le 4 septembre

L’appel que nous pourrions lancer aujourd’hui à tous les communistes est la nécessité d’entrer maintenant au plus vite, dans les jours et les semaines qui viennent, dans une très grande bataille publique et populaire sur les enjeux de ce scrutin, une très grande bataille politique de dimension nationale pour faire émerger une offre politique nouvelle pour ces élections.

Penser pouvoir entrer dans ce débat sans mener cette bataille, cela reviendrait en quelque sorte à accepter d’emblée le paysage politique tel qu’on cherche à l’imposer ces dernières semaines au peuple de gauche, et à se résigner pour ce nous qui nous concerne à prendre la place que certains nous ont déjà réservée, en supplétifs des recompositions politiques pour les uns, ou éjectés de toutes les majorités régionales dans lesquelles nous nous battons aujourd’hui dans l’intérêt des populations pour les autres. C’est un piège dans lequel nous n’avons évidemment pas l’intention de tomber. Notre ambition est tout autre. Les enjeux sont trop importants, et nous avons bien mieux à faire. Encore faut-il, je le répète, mener la grande bataille politique sans laquelle rien ne sera possible.


Nous devons alerter toutes celles et ceux qui souffrent de la crise, qui aspirent à de profonds changements politiques sur ce qui se prépare, sur les enjeux de ces élections et les appeler à se rassembler pour construire une autre offre politique, porteuse de réponses à la crise et aux urgences populaires, porteuse d’alternative réelle à gauche.


Alors que Nicolas Sarkozy, avec la direction de l’UMP, prépare activement le rendez-vous régional avec des ambitions de reconquête affirmées, et vient pour cela de présider en personne le comité de liaison de la majorité présidentielle rejoint cet été par Philippe de Villiers et le CPNT de Frédéric Nihous, l’offensive de recomposition politique lancée sur la gauche conduirait aux prochaines élections régionales à marginaliser le débat de projet pour mieux faire accepter dans les faits le renoncement à toute ambition de projet réellement transformateur. On ferait rentrer par la fenêtre ce que refuse d’accepter la grande majorité des électrices et des électeurs de gauche. Contrairement à ce qui est dit par les promoteurs de cette recomposition, emprunter cette voie ouvrirait la porte à la victoire de la droite dans de nombreuses régions, car c’est la voie d’une démobilisation populaire assurée.


Pour ouvrir une autre voie, construire une offre politique utile aux jeunes et aux salariés de notre pays, autour de projets répondant aux attentes populaires, la première de nos tâches est donc d’éclairer des enjeux qui sont pour le moment largement éclipsés, minimisés, dénaturés. Je veux insister sur trois de ces enjeux.

Le premier de ces enjeux est un enjeu de projet.

Les élections régionales vont se tenir à un moment crucial, en pleine crise et à mi-chemin du quinquennat Sarkozy. A la crise, à la politique Sarkozy, il s’agira donc de dire dans chaque région : stop ou encore ? Et si c’est stop, pour faire quoi à la place ? L’UMP n’aborde d’ailleurs pas ces élections comme des élections intermédiaires. La reconquête des pouvoirs régionaux est considérée par la droite comme un moyen de relancer l’adhésion à son projet politique, de se donner de nouveaux moyens de le mettre en oeuvre, comme un tremplin pour accélérer le remodelage économique, institutionnel et politique de notre société. Si elles veulent gagner, les forces qui combattent sa politique doivent lui opposer des projets régionaux qui dessinent une vraie alternative, un autre chemin pour l’avenir des régions et de notre société.


Autrement dit, fou celui qui pense pouvoir éluder le débat de projet ou le renvoyer à 2012. 2010 sera un choc de projets et personne ne pourra éluder cette question : quelles politiques seront demain mises en oeuvre dans les régions ? Des politiques inscrites dans les logiques de crise actuelles, amplifiant encore leurs effets, ou des politiques de lutte contre la crise ? Des politiques qui avec le gouvernement feront payer la crise aux travailleurs ou des politiques qui parient sur un nouveau type de développement dans leurs territoires ? Des politiques qui font des régions des relais des politiques sarkozystes de déréglementation sociale et de mise en concurrence systématique, ou qui au contraire en font des lieux de résistance à ces politiques, des points d’appui pour promouvoir des politiques socialement solidaires, réductrices d’inégalités ? Des politiques de soutien aux logiques économiques de rentabilité, prédatrices pour les hommes et l’environnement, ou des politiques économiques et écologiques pariant sur un développement humain durable ?


C’est en répondant à ces questions, qui sont celles qui tenaillent notre peuple, celles que se poseront des millions d’électrices et d’électeurs à l’approche de cette échéance, que nous devons travailler les les grands axes de nos projets régionaux, des projets qui doivent clairement marquer l’engagement et la mobilisation des régions dans des politiques de lutte anti-crise.


Les régions accompagneront-elles, seront-elles des actrices du démantèlement des missions, politiques et services publics ? Ou seront-elles au contraire des régions mobilisées contre ces orientations, engagées dans la reconquête et le développement des services publics. Transports, santé, éducation, enseignement supérieur et recherche, petite enfance, formation, logement... sur toutes ces questions vitales pour la vie de nos concitoyens, nous avons des propositions à avancer pour que les régions soient des lieux de résistance aux logiques de marchandisation, de mise en concurrence, de privatisation du gouvernement et développent, en lien avec les autres échelons territoriaux, des projets de développement et de reconquête de l’offre des services publics sur l’ensemble de leur territoire.


Les régions compteront-elles les points devant le spectacle de la crise et du chômage en expliquant qu’elles ne peuvent rien faire, ou seront-elles des régions engagées dans la lutte contre le chômage et la précarité, qui combattent avec les salariés les stratégies de licenciements et de délocalisations des entreprises, qui construisent des projets de développement durable ancrés dans les territoires, qui contribuent à mettre en place des fonds régionaux publics pour l’emploi et la formation, qui organisent autrement le contrôle de l’utilisation des fonds publics, de l’argent et des missions de la formation, en donnant dans la gestion des régions de nouveaux droits aux salariés et à leurs syndicats ?


Les régions accepteront-elles de se soumettre toujours plus aux logiques de concurrence, aux exigences d’aménagement pilotés par les intérêts financiers, que le gouvernement veut notamment accélérer dans le cadre de la métropolisation des grandes régions, ou seront-elles des régions mobilisées par la réduction des inégalités et par l’exigence d’un développement réellement solidaire de toutes les populations, tous les territoires, toutes les générations ?


Les régions s’engageront-elles, contre les logiques de rentabilité, dans la promotion d’un nouveau type de développement humain, industriel, urbain, agricole, socialement solidaire et écologiquement durable, soutenant un développement industriel respectueux des hommes et de l’environnement, tourné vers des productions utiles à l’épanouissement humain, favorisant l’agriculture paysanne et la pêche artisanale ?


Les régions se mobiliseront-elles pour une autre utilisation de l’argent en organisant le contrôle des citoyens et des salariés avec les élus sur les fonds publics, et plus globalement sur les richesses créées dans les territoires grâce aux investissements et aux aménagements publics, en faveur du respect de critères sociaux et environnementaux ?

Voilà quelques-uns des enjeux autour desquels nous devons engager le grand débat public de construction des projets.


Le second des enjeux de ces élections régionales est un énorme enjeu démocratique.

Nicolas Sarkozy veut tous les pouvoirs et les régions en ont. Il veut des majorités de droite pour les mettre au service de sa politique. Est-ce le moment de lui donner de nouvelles armes ? Poser la question, c’est y répondre.


Mais le problème est plus sérieux encore. La réforme des collectivités locales que le gouvernement a lancée pour cet automne est extrêmement grave et largement méconnue, sous-estimée à l’heure qu’il est. Ce projet et les élections régionales sont pour le gouvernement une étape décisive de la restructuration de l’Etat, des pouvoirs et des territoires. L’attaque contre la démocratie locale, qui une force de notre République, est cette fois globale. Il s’agit d’une recentralisation et d’une mise au pas générale de tous les échelons : communes, départements, régions, au profit d’une subordination autoritaire et centralisée aux exigences d’un remodelage libéral de toute la société. Un repli drastique de l’action publique à tous les niveaux. Au terme du projet sarkozyste de refonte des collectivités locales, cent mille conseillers municipaux devraient disparaître, plus de 20% des élus départementaux et régionaux également qui seraient fusionnés en 2014 et élus pour l’essentiel avec un mode de scrutin uninominal à un tour le plus antidémocratique qui soit, la « compétence générale » qui donne à chacune de ces institutions la capacité de développer hors de ces compétences obligatoires des politiques publiques d’intérêt local serait supprimée. Ce serait par exemple un désastre pour la culture quand on sait que 80% du spectacle vivant en France est financée dans ce cadre par les collectivités locales. Derrière ce projet, dont je ne cite ici que quelques exemples, c’est la diminution drastique des missions et des investissements publics qui est visé. Encore un exemple, le projet de loi de création d’une société du Grand Paris, qui complète le projet Sarkozy, est une caricature ultralibérale et antidémocratique. Il faudra par exemple à une commune ou une communauté d’agglo payer un droit d’entrée de 200 millions d’euros au minimum pour siéger au conseil de surveillance de cette société.


Cet enjeu doit être au cœur de la bataille des régionales. Nous avons un véritable travail de révélation à effectuer du même niveau que celui que nous avons mené sur la constitution européenne.


Et, à l’opposé de ces conceptions, nous devons placer la question de la démocratisation de la République et des pouvoirs locaux au cœur de notre projet. Toutes nos propositions doivent être irriguées par cette orientation : redonner du pouvoir aux citoyens là où le pouvoir cherche à les concentrer dans les mains de quelques-uns, à l’Elysée et dans les conseils d’administrations où siègent les plus gros actionnaires.


Le troisième enjeu des élections régionales concerne l’avenir de la gauche.

Je l’ai déjà largement évoqué. On nous somme de choisir, il faudrait soit renoncer à l’ambition d’un projet transformateur, soit renoncer au pouvoir. Tout notre politique de rassemblement, à commencer par celle que nous avons mise en oeuvre avec le Front de gauche pour changer d’Europe, vise à refuser cette alternative mortifère. Notre ambition est d’avancer en toutes circonstances vers la construction de majorités capables de porter des projets de transformation sociale. Renoncer à cette ambition aux élections régionales, ce serait offrir aux libéraux de tous poils le pouvoir dans la plupart des régions.

Notre ambition est donc claire : travailler à des projets régionaux utiles à combattre la crise et les logiques financières capitalistes, utiles à notre peuple, au monde du travail, et travailler dans le même temps à la construction des rassemblements et des majorités susceptibles de porter ces projets. Pourquoi par exemple décréter aujourd’hui que nous ne serions capables que de fusions techniques au second tour ? Notre ambition est tout autre.
L’offre politique que nous voulons construire vise bel et bien ces deux objectifs : des projets de qualité réellement ancrés à gauche, et leur mise en oeuvre effective.


Comment y parvenir ?


En nous adressant aux millions d’électrices et d’électeurs qui peuvent entendre le besoin de cette offre politique. Certes, sans bataille politique, cette offre politique n’ aucune raison d’émerger dans le paysage actuel. Mais avec notre travail, avec la mise en mouvement des forces susceptibles de la construire avec nous, l’expérience de nos batailles européennes montre que la donne peut changer.


C’est cette démarche qui nous a guidés avec réussite pour constituer les listes du Front de gauche pour changer d’Europe. C’est ce que nous voulons poursuivre aujourd’hui, dans les conditions des élections régionales. Nous voulons mettre en débat et construire avec toutes celles et ceux qui s’y reconnaîtront, à commencer par nos partenaires du Front de gauche, une nouvelle offre politique qui se fixe des objectifs clairs : barrer la route de la reconquête à la droite ; porter des projets politiques qui fassent des régions des pôles de résistance aux logiques libérales, des pôles de promotion d’un nouveau type de développement social et écologique, solidaire et durable ; conquérir des majorités capables de faire avancer ces projets, comprenant pour cela en leur sein le maximum d’élus déterminés à mettre en oeuvre ces objectifs, notamment de nombreux élus communistes.


A tous les acteurs du mouvement social, aux syndicalistes, aux salariés, aux intellectuels de toutes disciplines, à tous les citoyens qui veulent des régions réellement à gauche, nous disons : « construisez avec nous ces nouveaux fronts de gauche pour les régions ». A tous les militants, élus et électeurs socialistes, nous disons : « ne renoncez pas face à la crise, ne vous perdez dans des alliances avec le Modem qui désespèrent le peuple de gauche, ouvrez avec nous le débat de projets à gauche ».

Aux militants et électeurs du NPA nous disons : « ne ratez pas une fois encore le coche de l’unité, ne vous retirez sur l’Aventin quand il s’agit d’aller disputer le terrain des majorités de gestion ».

Aux militants et électeurs écologistes, nous disons : « nous serons plus forts et plus efficaces pour imposer de nouveaux modes de développement si nous nous attaquons ensemble aux logiques de rentabilité, prédatrices pour les hommes et la nature ».


C’est cette bataille politique de projets, de contacts et de constructions politiques qu’il faut engager dès maintenant. Il est trop tôt pour préjuger des configurations auxquelles nous pouvons aboutir. Mais menons tous ensemble cette bataille nationale, prenons le temps de cette grande bataille nationale, dans toutes les régions, multiplions les interpellations, les contacts, le travail commun, en cherchant à pousser le plus loin possible les lignes du rassemblement sur de tels objectifs, en voyant qui peut répondre présent.


Le temps viendra de nos décisions. Elles appartiendront de toute façon aux communistes à travers les conférences régionales. Peut-être nous faudra-t-il étendre d’une à deux semaines le calendrier de ces conférences jusqu’au début novembre ? C’est à discuter. Une chose est sûre : tout doit être mis dès maintenant entre les mains des adhérents. Ce n’est pas une affaire de spécialistes, c’est l’affaire de tous, élus et militants.


Voilà, chers camarades, les propositions que je vous soumets.

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